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Vin beurré : pourquoi certains vins ont-ils un goût de beurre ?

Avez-vous déjà porté un verre de Chardonnay à votre nez et perçu, nettement, une odeur de beurre frais ? Un vin beurré n’a rien d’un accident ni d’un arôme ajouté : c’est le résultat d’une molécule précise, née de la fermentation, le diacétyle. Elle apparaît naturellement dans de nombreux vins blancs, à des degrés très différents selon les choix du vigneron. Voici, en détail, d’où elle vient et pourquoi.

Le diacétyle, la molécule responsable de l’arôme de beurre

Le diacétyle est un composé aromatique naturellement présent dans de nombreux vins, en particulier les blancs élevés avec une fermentation malolactique. Selon sa concentration, il évoque une note briochée et légèrement grillée à faible dose, puis un franc goût de beurre frais, voire de pop-corn ou de caramel au beurre salé, à dose plus élevée.

Cette molécule n’est pas propre au vin. On la retrouve aussi, par exemple, dans certaines bières et dans le beurre lui-même, ce qui explique la parenté aromatique. Dans le vin, elle naît à deux moments bien identifiés de la vinification.

Les deux fermentations qui peuvent produire du diacétyle

Une petite part vient de la fermentation alcoolique

Pendant la fermentation alcoolique, la levure transforme l’essentiel du sucre du raisin en alcool et en CO2, c’est sa mission première. Mais au passage, elle emprunte aussi une petite voie annexe qui peut produire un peu de diacétyle. La levure n’aime pas le laisser traîner : elle le retransforme presque aussitôt en composés quasi inodores (acétoïne, puis 2,3-butanediol). Sa contribution à l’arôme final reste donc, la plupart du temps, discrète.

L’essentiel se joue pendant la fermentation malolactique

La voie principale se joue ailleurs, pendant la fermentation malolactique. Cette seconde fermentation, menée par des bactéries lactiques (principalement Oenococcus oeni), convertit l’acide malique du vin, pointu et « vert », en acide lactique, plus rond. C’est elle qui assouplit un vin.

Mais ces mêmes bactéries s’attaquent aussi à l’acide citrique naturellement présent dans le raisin. Cette transformation-là, en présence d’oxygène, aboutit au diacétyle. C’est cette voie, et non la fermentation alcoolique, qui pèse le plus lourd dans le résultat final d’un vin beurré.

Schéma expliquant l'origine du diacétyle, la molécule responsable de l'arôme de beurre dans le vin
Le mécanisme de formation du diacétyle, résumé en un schéma : fermentation alcoolique et fermentation malolactique.

Vin beurré : un signe de qualité ou un défaut ?

Tout est une question de dose. À très faible concentration, le diacétyle apporte une note briochée agréable, presque imperceptible. Entre environ 1 et 4 mg/L, il devient franchement beurré : c’est la signature recherchée de nombreux grands blancs. Au-delà de 5 à 7 mg/L, il prend le dessus sur tous les autres arômes du vin et devient un défaut, écrasant le fruit et le terroir.

Un vin beurré n’est donc ni bon ni mauvais en soi : tout dépend de l’équilibre, et du style que le vigneron a choisi de construire.

Comment le vigneron façonne (ou évite) le style beurré

C’est là que le vin devient un vrai travail de précision. Le vigneron a la main sur l’intensité de cet arôme, à travers plusieurs leviers.

Pour accentuer le beurre, il choisit une souche de bactéries connue pour bien produire du diacétyle, puis pratique un élevage sur lies avec bâtonnage régulier. En remuant les lies, il réintroduit de l’oxygène dans le vin, or c’est justement cet oxygène qui permet la dernière étape de fabrication du diacétyle. C’est la signature de nombreux Chardonnays du Nouveau Monde, et de certains grands Meursault en Bourgogne.

Pour l’atténuer, il fait l’inverse : il garde son vin en réducteur, sans bâtonnage, ce qui laisse le temps à la levure de retransformer le diacétyle en composés inodores. C’est souvent le choix fait à Chablis, où l’on préfère préserver la tension minérale du chardonnay plutôt que d’ajouter du beurre.

Questions fréquentes sur le vin beurré

Qu’est-ce qu’un vin beurré ?
Un vin beurré est un vin, le plus souvent un blanc comme le Chardonnay, qui présente un arôme net de beurre frais, parfois de pop-corn ou de caramel au beurre salé. Cet arôme provient d’une molécule appelée diacétyle, produite principalement pendant la fermentation malolactique.

Le vin beurré est-il un défaut ?
Non, pas nécessairement. En dose modérée (environ 1 à 4 mg/L de diacétyle), c’est un style recherché, notamment sur certains Chardonnays. Ce n’est un défaut que lorsque la concentration devient trop élevée et masque les autres arômes du vin.

Quels vins sont typiquement beurrés ?
Le Chardonnay est le cépage le plus associé à ce style, en particulier certains Chardonnays du Nouveau Monde (Californie, Australie) et certains grands Meursault en Bourgogne. À l’inverse, les Chablis sont généralement élaborés pour rester tendus et peu beurrés.

Peut-on retirer le goût de beurre d’un vin ?
Une fois le vin élaboré, non. Cette caractéristique se construit pendant la vinification (choix de la souche bactérienne, bâtonnage, élevage) et ne se corrige pas après coup.

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